Quand je pense que Beethoven est mort alors que tant de crétins vivent… | Eric-Emmanuel Schmitt

Un jour, lors d’une exposition de masques, Beethoven revient dans la vie d’Eric-Emmanuel Schmitt : l’écrivain se rappelle l’avoir aimé passionnément autrefois, pendant son adolescence.

Pourquoi Beethoven s’est-il éloigné ? Pourquoi l’homme d’aujourd’hui n’éprouve-t-il plus ces émotions, ce romantisme, ces orages intérieurs et cette joie ? Qui a disparu ? Beethoven ou nous ? Et qui est l’assassin ?

Ce texte est suivi de Kiki van Beethoven, l’aventure d’une femme, la soixantaine rayonnante, laquelle va, grâce à la musique, changer sa vie ainsi que celle de ses trois amies. Une fable sur la jeunesse perdue et les secrets ensevelis.

Titre : Quand je pense que Beethoven est mort alors que tant de crétins vivent…
Auteur : Eric-Emmanuel Schmitt
Editeur : Albin Michel
Date de parution : 8 septembre 2010
198 pages

▲▲▲▲△

On aime…

  • La plume d’Eric-Emmanuel Schmitt
  • L’optimisme qui s’échappe du livre
  • L’interprétation de la musique de Beethoven

On aime moins…

  • Les digressions qui égarent parfois la lecture

Cela faisait un certain temps que ce livre prenait la poussière dans notre bibliothèque. Il y a trois ans, j’avais eu une période Eric-Emmanuel Schmitt où j’avais dévoré une dizaine de ces œuvres et j’avais acheté celui-ci après un véritable coup de cœur pour Ma Vie avec Mozart. Ce n’était jamais le bon moment de le lire. Il fallait que je puisse m’installer confortablement pour pouvoir profiter du CD joint. Et finalement, c’est en l’intégrant à ma PAL pour le Pumpkin Autumn Challenge que je m’y suis enfin plongée.

Le résumé synthétise très bien le sujet du livre. C’est un essai contemporain centré sur le thème de l’humanisme qui aborde un sujet plus que jamais d’actualité : comment croire en l’humanité alors que tant de périodes sombres se succèdent ?

Le but n’est pas de changer la condition humaine en devenant immortel, omniscients, tout-puissant ; non, le but est d’habiter la condition humaine.

Comme toujours, la plume d’Eric-Emmanuel Schmitt est d’une grande justesse. Fluide, mélodieuse, elle s’allie à merveilles avec la musique à laquelle il fait référence. C’est un plaisir de se perdre dans ses mots. Bien sûr, le format de l’essai entraîne forcément des digressions et de petits passages plus biographiques qui peuvent nous faire décrocher de la question de fond. Contrairement aux quelques critiques que j’ai pu lire qui pointait la répétition de certains passages, j’ai trouvé que le périple philosophique se déroulait de manière logique, avec une gradation jusqu’au credo de l’optimisme moderne, une ode à la vie. Des vérités aussi.

Je ne dirais pas qu’Eric-Emmanuel Schmitt révolutionne la question de l’humanisme ici. Il nous rappelle simplement ce que c’est, pourquoi il est important d’habiter la condition humaine. Et tout cela, grâce à Beethoven, réapparut dans sa vie au moment où il avait commencé à perdre foi en l’homme.

Beethoven a toujours dû se battre pour parvenir à composer sa musique. Parce que ce n’était pas un génie, parce qu’il est devenu sourd ensuite. Beethoven, c’est l’humanisme, l’héroïsme et l’optimisme. Là où la musique de Mozart tient du génie, du divin, Beethoven a réalisé de nombreux brouillons pour chacune de ses compositions. Parler de Beethoven, c’est valoriser le travail, l’envie, la persévérance. Quoi de plus important aujourd’hui dans notre monde ?

Quoi de plus important pour un adolescent que de croire qu’il y a intérêt à vivre, à devenir adulte, à se battre, à se conduire à hauteur d’idéal ?

Dans le cycle Le bruit qui pense, l’auteur s’appuie sur la musique, art populaire, pour emporter le lecteur vers d’autres considérations. C’est une belle porte d’entrée. Qu’on apprécie la musique classique ou non, nous avons tous un jour entendu l’Hymne à la joie ou la Cinquième symphonie de Beethoven, même de loin. Réexpliqués, réinterprétés par Eric-Emmanuel Schmitt, on découvre la véritable portée de ces œuvres. Parfois, les expériences musicales décrites font échos à des événements que nous avons nous-mêmes vécus. Tout le monde n’a pas assisté à un opéra, et pourtant, quand l’auteur parle de fermer les yeux pour mieux comprendre, mieux envisager la profondeur d’une œuvre, on se souvient de ces moments où la musique a guidé nos pensées.

Le sens de la musique, ce n’est pas d’avoir un sens précis mais d’être la métaphore de nombreux sens. Sinon, autant employer les mots…

C’est un bel hommage à Beethoven, non pas comme un dieu, mais comme un homme profondément humaniste.

La deuxième partie du livre, Kiki van Beethoven, apporte à second souffle à ces réflexions. Cette pièce écrite avant Quand je pense que Beethoven est mort alors que tant de crétins vivent exprime par la fiction ce que l’essai transmet de manière plus philosophique, plus abstraite peut-être.

Nous suivons Kiki, la soixantaine, qui un jour tome sur un masque de Beethoven qui, contrairement à autrefois, ne lui permet plus d’entendre la musique. À travers son monologue, elle cherche à comprendre pourquoi elle est devenue sourde à la musique de Beethoven. Lorsque le masque se met à nouveau à parler à ses trois amies, l’une après l’autre, elle continue son périple pour enfin retrouver la musique.

C’est une jolie fable, avec des personnages singuliers et attachants. La curiosité nous pousse à dévorer les pages, pour découvrir pourquoi Beethoven a disparu de cette manière de la vie de Kiki. C’est touchant, poignant. Mystérieux et en même temps si évident. On a plaisir à suivre leurs aventures de ces quatre amies, qui par de belles coïncidences, redécouvre l’optimisme profondément ancré en chacun d’elle.

Une belle lecture, qui laisse songeur et nous pousse à réfléchir. C’est une belle aventure que je recommande à tout le monde. Que ce soit pour découvrir ou redécouvrir Beethoven ou pour apprendre à retrouver foi en l’humanité.

Bach, c’est la musique que Dieu écrit.

Mozart, c’est la musique que Dieu écoute.

Beethoven, c’est la musique qui convainc Dieu de prendre un congé car il constate que l’homme envahit désormais la place.

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *